Soixante-seize euros. C'est ce que coûte le trajet, et rien que le trajet, pour aller à soixante kilomètres de chez toi et rentrer le soir. L'entrée du salon, ce jour-là, était à huit euros.
Une journée de convention manga revient à 60 ou 160 euros pour un adulte seul, achats compris. Le billet dépasse rarement un dixième de la somme. Le reste part dans la route, dans le repas de midi et dans une enveloppe d'achats que presque personne ne fixe avant de partir.
Le trajet coûte plus cher que le billet, et de loin
L'administration fiscale publie chaque année un barème kilométrique qui sert aux déclarations de frais réels. Pour une voiture de 5 CV, il compte 0,636 euro du kilomètre. Le barème ne se limite pas au carburant : il englobe la dépréciation du véhicule, l'entretien, les pneus et l'assurance. C'est le coût complet de la voiture, ramené au kilomètre.
Applique-le à un aller-retour ordinaire. Soixante kilomètres à l'aller, autant au retour, et la route pèse 76 euros. Une convention régionale demande entre 2 et 15 euros pour entrer. Résultat : cinq à trente fois le prix du billet, dépensés avant même d'avoir garé la voiture.
Sur les grands parcs d'exposition, le stationnement se paie encore une fois. À Paris Nord Villepinte, le tarif visiteur tourne à 0,80 euro le quart d'heure jusqu'à six heures, puis passe à 20 euros de la septième à la vingt-quatrième. Une journée de salon dure huit heures. Le forfait tombe à plein.
Ça change la façon de comparer deux salons. Trois euros d'écart à l'entrée ne pèsent rien face à quarante kilomètres de plus sur la route. Le salon le moins cher est celui qui est le plus près, presque toujours.
La même journée, dans une salle des fêtes et à Villepinte
Les deux colonnes qui suivent décrivent la même journée, pour la même personne, à deux échelles. À gauche, un salon régional dans une salle polyvalente, avec soixante kilomètres à faire. À droite, un grand salon parisien où l'on descend du RER.
| Poste | Salon régional, 60 km en voiture | Grand salon parisien, en RER |
|---|---|---|
| Trajet aller-retour | 76 € | 5,10 € |
| Stationnement | gratuit devant la salle | 20 € si on vient quand même en voiture |
| Entrée | 2 à 15 € | 30 à 41 € selon le jour |
| Déjeuner sur place | 8 à 15 € | 8 à 15 € |
| Achats | 20 à 60 € | 20 à 60 € |
| Total | 106 à 166 € | 63 à 121 € |
Le trajet en transports coûte 2,55 euros le voyage partout en Île-de-France, soit un peu plus de cinq euros la journée. Dès que la voiture disparaît, l'entrée redevient la première ligne du budget. C'est le seul cas où elle l'est.
Ce qui déplace la facture de trente euros
Quatre leviers font bouger le total, et trois se décident avant de partir.
Le premier est le jour de la semaine. Sur les grands salons, le tarif change tous les jours : environ 30 euros un vendredi, 41 un samedi, 34 un dimanche. Onze euros d'écart pour le même contenu, et le samedi est aussi celui où la foule rend les stands difficiles d'accès. Un jeudi coûte moins et se visite mieux.
Vient l'âge des enfants, et là rien n'est standard. Japan Expo laisse entrer les moins de 8 ans sans payer ; certains salons alsaciens ouvrent gratuitement aux moins de 18 ans, d'autres s'arrêtent à 12. Pour une famille de quatre, le même week-end passe de zéro à quarante euros d'entrées selon le règlement du salon. À vérifier sur l'affiche avant la liste des invités.
Le nombre de personnes joue dans l'autre sens. Le trajet ne se multiplie pas, le reste si : venir à quatre dans une voiture divise le poste le plus lourd par quatre et double la restauration. À deux, la journée revient déjà moins cher par tête qu'en solo, et l'écart se creuse à cinq.
Reste la prévente, qui fait gagner deux à cinq euros sur un billet régional, davantage sur un pass de plusieurs jours. Le gain est réel, modeste. Elle achète surtout de ne pas faire la queue au guichet, et le détail des formules se joue dans le choix du pass et du moment où on l'achète.
Où ça dérape : l'allée des créateurs
Un stand d'éditeur vend des tomes qu'on retrouve en librairie. Le poche standard s'y affiche autour de 7,20 à 7,50 euros, et la même série se trouve à 4,50 euros d'occasion. Tu as un prix de référence en tête, et il freine.
L'allée des créateurs fonctionne à l'inverse. Un fanzine tiré à cent exemplaires, une impression signée, une broche émaillée dessinée par la personne assise derrière la table : rien de tout cela n'existe ailleurs, donc rien ne se compare. C'est là que les vingt euros prévus deviennent soixante, et le niveau des prix n'y est pour rien. Il manque le point de comparaison qui aurait servi de frein.
S'ajoute une contrainte matérielle que peu de visiteurs anticipent : une bonne partie de ces stands n'accepte que les espèces, ou impose un minimum pour la carte. Le distributeur le plus proche est souvent dehors, avec sa file. Ceux qui retirent sur place retirent un chiffre rond, et un chiffre rond se dépense en entier.
La parade tient en une phrase : le montant d'achats se décide chez soi, se retire en liquide avant de partir, et la carte reste au fond du sac. C'est la seule ligne du budget qui n'a aucun plafond naturel.
Ce que « gratuit » veut dire sur une affiche
Les animations annoncées gratuites le sont vraiment : concours de cosplay, tournois de jeux, ateliers d'initiation, scènes ouvertes, karaoké. Sur un salon régional, ça remplit une journée entière sans sortir un centime de plus.
Se facture à part tout ce qui touche à une personne ou à une place assise. Une dédicace d'invité passe parfois par un ticket. Un concert dans la salle du salon a son propre billet, de l'ordre de 25 euros. Un accès anticipé coûte cinq euros de plus. Certaines conventions vendent un pin's à cinq euros ou une médaille à vingt, qui ouvrent l'ensemble du programme festif. Aucune de ces lignes n'apparaît sur le tarif d'entrée.
Le déguisement, lui, se compte à part et jamais à la journée : c'est un budget de fabrication, avec ses propres postes, et le tissu n'y est pas le plus cher.
Pourquoi ces chiffres ne tiendront pas deux éditions
La dépense moyenne d'un visiteur de convention ne se mesure nulle part en France. Les organisateurs communiquent sur la fréquentation et se taisent sur le panier ; les visiteurs, eux, racontent des journées trop différentes pour qu'on en tire une moyenne.
Les prix d'entrée se rejouent à chaque édition, et une convention qui change de salle change de tarif. La hiérarchie des postes, elle, tient d'une année sur l'autre : le trajet devant, les achats juste derrière, le repas ensuite, le billet en dernier. Elle ne s'inverse que pour ceux qui habitent à côté du salon.
Le billet, du coup, se choisit vite. Le chiffre qui compte, c'est celui que tu mets dans ta poche pour l'allée des créateurs : les trois autres postes se connaissent d'avance, celui-là s'écrit à la main et peut doubler.