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Côté cosplay

Le cosplay : ce que c'est, d'où ça vient, comment on y entre

Quarante-cinq ans séparent le premier costume porté en convention du mot qui le désigne. Entre les deux, une pratique s'est installée sans nom, a traversé le Japon, puis la France, où elle a sa propre chronologie depuis 1992. Ce que veut dire cosplay, ce qui le sépare d'un déguisement, ce que le concours exige et que la scène libre ne demande pas, et par quoi commencer quand on n'a jamais tenu une aiguille.

6 min de lecture Côté cosplay

Plan de travail de cosplayeur : plaques de mousse EVA découpées, pistolet à colle chaude, cutter, chutes de tissu et une perruque bleue posée sur son support

Quarante-cinq ans séparent le premier costume porté en convention du mot qui le désigne. En 1939, à la première Worldcon de New York, Forrest J Ackerman et Myrtle R Douglas débarquent en tenue futuriste taillée d'après Things to Come, un film de 1936. Personne ne dit cosplay. Le mot naîtra en 1984, dans la tête d'un journaliste japonais rentré de Los Angeles.

La pratique s'est donc installée sans nom pendant deux générations. Elle tient en trois choses : un personnage que tu choisis, un costume que tu fabriques ou que tu achètes, une salle où tu le portes. Les mousses thermoformées, les perruques, les concours et les photographes viennent après, et seulement à cause de ces trois-là.

Le mot dit costume et jeu, et le second compte autant

Nobuyuki Takahashi, du Studio Hard, assiste à la Worldcon de Los Angeles en 1984. Le concours de costumes le sidère. Rentré au Japon, il doit en rendre compte à ses lecteurs et bute sur un mot : masquerade, le terme anglais consacré, se traduit en japonais par une fête costumée d'aristocrates. Rien à voir avec ce qu'il a vu. Il fabrique kosupure, contraction de costume et de play, que l'anglais réemprunte ensuite sous la forme cosplay.

Le deuxième morceau du mot porte l'essentiel. Un déguisement s'arrête au vêtement ; le cosplay demande en plus une posture, une démarche, quelque chose qui continue de désigner le personnage une fois la photo prise. Les cosplayeurs tracent la frontière à cet endroit, et c'est à peu près le seul point sur lequel ils tombent tous d'accord.

Le français a son mot officiel, et personne ne l'emploie. Costumade a été publié au Journal officiel du 16 octobre 2011, après avoir été proposé en février 2010 par l'Office québécois de la langue française, sur le modèle de mascarade. Le Larousse le signale encore à l'entrée cosplay. Dans une allée de convention, en quinze ans, on ne l'entend pas une fois.

Un personnage, un costume, une salle

Le personnage se choisit avant tout le reste, et ce choix pèse bien plus lourd que ton niveau de couture. Un uniforme scolaire d'anime se monte en un week-end : une chemise, une jupe, un col cousu à la main. Une armure de jeu vidéo réclame six mois de mousse EVA, de résine et de peinture. Les deux portent le même nom.

Vient le costume, fabriqué ou acheté, et les deux voies se valent tant que tu ne montes pas sur une scène notée. Attention à l'endroit où part l'argent : le tissu coûte souvent moins cher que la perruque, les chaussures et la colle réunies.

La salle, enfin. Un costume rangé dans un placard reste un costume. Il devient cosplay le jour où quelqu'un d'autre reconnaît le personnage sans qu'on le lui explique, et c'est à ça que servent les conventions, qui réunissent au même endroit des stands, une scène et un public costumé.

La France a une chronologie, et elle commence en 1992

La première convention française se tient à Paris en 1992, une projection d'animés organisée par l'IDRAC. Cartoonist suit à Toulon l'année d'après. Le premier concours de cosplay a lieu en 1997, au magasin Tonkam, à Bastille : une boutique de manga, une estrade improvisée. BD Expo lance un concours Visual Kei en 1998, les défilés se généralisent à partir de 1999, et Japan Expo ouvre en 2000. L'European Cosplay Gathering naît en 2001 et fédère une vingtaine de pays. La France participe au World Cosplay Summit dès sa première édition, en 2003. La Coupe de France de cosplay, avec ses éliminatoires en région, date de 2017.

Vingt ans séparent la boutique de Bastille du circuit national. Le cosplay français n'est pas arrivé tout fait du Japon, il s'est monté salle par salle, et la plupart des conventions qui organisent aujourd'hui une sélection régionale sont des associations de bénévoles.

Le concours et la scène libre ne jugent pas la même chose

Presque toutes les conventions proposent deux passages sur scène. Ils n'obéissent pas au même règlement, et confondre les deux est ce qui gâche le plus de premières fois.

Le concours note. Les règlements des sélections régionales de la Coupe de France sont explicites : seuls sont acceptés les costumes réalisés par le participant. Les accessoires achetés passent s'ils ne forment qu'une part minime de la tenue, et ils peuvent quand même peser sur la note. Les photos de fabrication, que le milieu appelle les WIP, se joignent au dossier d'inscription. Le World Cosplay Summit va plus loin : depuis 2005, sa finale est réservée aux majeurs, le costume doit être entièrement fait main, et le personnage doit venir d'une œuvre japonaise.

La scène libre ne note rien. Ni jury, ni classement, ni obligation d'avoir cousu quoi que ce soit, ni exigence de ressemblance stricte. On y monte pour montrer un travail et jouer son personnage deux ou trois minutes devant une salle. Beaucoup de cosplayeurs ne quittent jamais cette scène-là, parce que c'est celle qu'ils préfèrent.

Ce sur quoi tu montesJuryCostume fait mainPhotos de fabrication
Scène libreaucun, aucun classementnon exigé, ressemblance librerien à fournir
Concours de la conventionun jury qui note et commenteréalisé par le participant, accessoires achetés tolérés s'ils restent minoritairesbienvenues au dossier
Sélection Coupe de Francele même jury, notation à partmême règle, appliquée plus serrédemandées à l'inscription

La sélection régionale se joue à l'intérieur du concours de la convention, et elle reste facultative : on peut concourir sans s'y inscrire.

Le cosplay nourrit quelques personnes, rarement à plein temps

L'argent arrive rarement par le costume lui-même. Il arrive par les fonctions qui tournent autour.

Ellothin, cosplayeuse du sud de la France et jurée de concours, en donne une image assez juste : ambassadrice d'une boutique de fournitures, elle anime des ateliers un peu partout, siège dans des jurys, reçoit des invitations comme guest, et Riot Games lui a commandé des armes pour l'animation de ses tournois français. Cinq ou six sources de revenus, dont aucune ne suffirait seule. Derrière, dix ans de pratique, un portfolio et un réseau de conventions.

Ce n'est pas un métier où l'on postule. C'est un statut d'indépendant qui s'assemble morceau par morceau, et qui reste, pour l'écrasante majorité des cosplayeurs français, un complément.

Par où on commence quand on n'a jamais tenu une aiguille

Va dans une convention sans costume. Une journée dans une salle associative apprend plus que trois semaines de tutoriels : tu verras que la moitié des tenues repose sur une perruque et deux accessoires reconnaissables, et que personne ne dévisage celui qui n'en porte aucune.

Pour le premier costume, prends un personnage habillé en vêtements ordinaires, uniforme ou tenue de tous les jours. La perruque s'achète, elle ne se fabrique pas. Le reste part d'un vêtement du commerce qu'on retouche, faute de patron de couture au nom d'un personnage.

Et la scène libre avant le concours, toujours. C'est là que tu sauras ce qui te plaît vraiment : fabriquer, jouer, ou juste passer la journée dans une salle où ton personnage préféré se reconnaît de loin.